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Lexique

Usufruit

Définition

Droit d'utiliser un bien et d'en percevoir les revenus, sans en être pleinement propriétaire. L'article 578 du Code civil le définit comme « le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui-même, mais à la charge d'en conserver la substance ». L'usufruitier peut habiter un logement ou en encaisser les loyers, mais il ne peut pas le vendre seul.

Exemple concret

Vos parents donnent un appartement à leurs enfants tout en gardant l'usufruit. Ils continuent d'y vivre ou de toucher les loyers jusqu'à leur décès. Les enfants sont nus-propriétaires : ils ne peuvent rien faire du bien pour l'instant, mais ils en deviendront pleins propriétaires automatiquement, sans frais de succession sur la part d'usufruit, à la disparition des parents.

Sources officielles Légifrance (article 669 CGI) Justice.fr service-public.fr Notaires de France Mis à jour le 21 juin 2026

Usufruit et nue-propriété : qui peut faire quoi ?

L'usufruit ne va jamais seul. Il naît quand la pleine propriété d'un bien est coupée en deux. On appelle cette opération le démembrement de propriété. D'un côté l'usufruit, de l'autre la nue-propriété. Le service public détaille ce partage dans sa fiche « En quoi consiste l'usufruit ».

Les juristes parlent de trois pouvoirs sur un bien. Le droit de l'utiliser (l'usus), celui d'en tirer des revenus (le fructus) et celui d'en disposer, c'est-à-dire de le vendre (l'abusus). L'usufruitier détient les deux premiers. Le nu-propriétaire garde le troisième.

Concrètement, l'usufruitier peut habiter le logement ou le louer pour encaisser les loyers. Le nu-propriétaire, lui, attend. Il ne peut ni occuper le bien ni toucher de revenus tant que l'usufruit existe. Mais il sait qu'il deviendra plein propriétaire au terme prévu.

Combien vaut un usufruit ? Le barème fiscal (article 669)

Pour calculer un impôt de donation ou de succession, l'administration ne devine pas. Elle applique un barème officiel : l'article 669 du Code général des impôts. La règle est simple : plus l'usufruitier est âgé, moins son usufruit vaut cher. Logique, puisqu'il en profitera moins longtemps.

Âge de l'usufruitier Valeur de l'usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Prenons un exemple chiffré. Un appartement vaut 300 000 €. L'usufruitier a 68 ans : il tombe donc dans la tranche « de 61 à 70 ans ». Son usufruit représente 40 % du bien, soit 120 000 €. La nue-propriété vaut les 60 % restants, soit 180 000 €.

Ce barème sert aussi à payer moins d'impôts en cas de donation. Si les parents donnent la nue-propriété de cet appartement à leurs enfants, les droits de donation portent sur 180 000 €, pas sur 300 000 €. Et au décès des parents, les enfants récupèrent l'usufruit sans rien payer de plus. Ce barème n'a pas changé depuis 2004 ; il reste applicable en 2026.

L'usufruit peut aussi avoir une durée fixe, sans lien avec l'âge. On parle alors d'usufruit temporaire. Sa valeur est de 23 % du bien par tranche de dix ans, dans la limite de 90 %.

Qui paie quoi entre usufruitier et nu-propriétaire ?

Le partage des frais suit le partage des droits. L'usufruitier profite du bien, il en assume donc les charges courantes. Le nu-propriétaire conserve la « substance » du bien, il prend les grosses dépenses.

  • À la charge de l'usufruitier : la taxe foncière, les charges d'entretien et les petites réparations (article 605 du Code civil).
  • À la charge du nu-propriétaire : les grosses réparations listées par l'article 606 — gros murs, voûtes, poutres, toitures entières, murs de clôture.

Un exemple parle de lui-même. Repeindre un mur ou remplacer un robinet incombe à l'usufruitier. Refaire la toiture complète d'une maison revient au nu-propriétaire. Cette répartition vaut sauf accord différent prévu dans l'acte. Ce type de calcul de revenu net rejoint la logique d'une SCPI, où l'on raisonne aussi en loyers perçus moins charges.

Le quasi-usufruit : l'usufruit sur de l'argent

Tout bien ne se conserve pas. On ne peut pas « utiliser » de l'argent sans le dépenser. Le Code civil prévoit donc un régime spécial : le quasi-usufruit (article 587). Il s'applique aux biens qui se consomment par le premier usage, comme une somme d'argent.

Le quasi-usufruitier peut dépenser l'argent librement. En échange, il doit une « créance de restitution » : à la fin de l'usufruit, ses héritiers rendront une somme équivalente au nu-propriétaire. Peu importe que la monnaie ait perdu de la valeur entre-temps. On rend le montant de départ, pas plus.

Exemple : un conjoint survivant reçoit l'usufruit de 100 000 € sur un compte. Il peut utiliser cet argent pour vivre. À son décès, ses enfants nus-propriétaires récupéreront une créance de 100 000 € sur la succession. Ce mécanisme est fréquent dans la succession en assurance vie et la transmission d'un capital.

Comment l'usufruit prend-il fin ?

L'usufruit est toujours temporaire. Il ne se transmet pas indéfiniment. Plusieurs événements y mettent un terme (article 617 du Code civil) :

  • Le décès de l'usufruitier, dans le cas le plus courant d'un usufruit viager.
  • L'arrivée du terme, quand l'usufruit a été fixé pour une durée précise.
  • La réunion des deux droits sur la même tête (par exemple, le nu-propriétaire hérite de l'usufruit).
  • Le non-usage du droit pendant trente ans.

Quand l'usufruit s'éteint, le nu-propriétaire devient automatiquement plein propriétaire. Cette opération est très avantageuse en transmission. Le passage de l'usufruit vers les héritiers se fait sans nouveaux droits de succession sur cette part. C'est l'un des grands intérêts du démembrement pour préparer une transmission.

Le cas le plus connu reste celui du conjoint survivant. Quand le défunt laisse des enfants tous communs, le conjoint peut choisir entre un quart de la succession en pleine propriété ou la totalité en usufruit. Il dispose de trois mois pour décider. Pour aller plus loin sur ces notions, consultez notre lexique de l'épargne et la définition de la plus-value appliquée aux placements.

Termes liés

SCPI Plus-value Flat tax Assurance vie

Questions fréquentes

L'usufruit donne le droit d'utiliser le bien et d'en toucher les revenus (loyers, dividendes). La nue-propriété donne le droit de disposer du bien (le vendre, le transmettre), mais sans pouvoir l'utiliser ni en percevoir les fruits tant que l'usufruit dure. Réunis, usufruit et nue-propriété forment la pleine propriété. Au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété, sans nouvelle taxation.

L'usufruitier paie la taxe foncière et les réparations courantes d'entretien (article 605 du Code civil). Le nu-propriétaire prend en charge les grosses réparations : gros murs, voûtes, poutres, toitures entières, murs de clôture (article 606). Exemple : refaire la peinture est à la charge de l'usufruitier ; remplacer toute la toiture revient au nu-propriétaire.

Pour le calcul des droits (donation, succession), on applique le barème fiscal de l'article 669 du Code général des impôts. La valeur de l'usufruit dépend de l'âge de l'usufruitier : plus il est âgé, plus son usufruit vaut peu, car il durera moins longtemps. Par exemple, entre 61 et 70 ans, l'usufruit vaut 40 % de la valeur du bien et la nue-propriété 60 %.

Non, pas seul. L'usufruitier ne possède que le droit d'usage et de jouissance. La vente du bien en pleine propriété exige l'accord du nu-propriétaire et de l'usufruitier. Chacun peut en revanche céder son droit séparément : l'usufruitier peut vendre son usufruit, le nu-propriétaire peut vendre sa nue-propriété. Une exception existe pour l'argent : c'est le quasi-usufruit, qui autorise à dépenser la somme.