Les ordres de bourse : guide complet pour bien investir
Passer un ordre de bourse est l'acte fondamental de l'investisseur. Mais tous les ordres ne se valent pas : choisir le mauvais type peut coûter cher. Ce guide détaille les 5 types d'ordres essentiels, leur fonctionnement précis et les erreurs à éviter absolument.
Les informations fournies sont à titre éducatif et ne constituent pas un conseil en investissement. Tout placement comporte des risques, y compris la perte de capital. Consultez un conseiller financier avant de prendre une décision.
Qu'est-ce qu'un ordre de bourse ?
Un ordre de bourse est une instruction envoyée à votre courtier pour acheter ou vendre un titre financier. Ce titre peut être une action, un ETF, une obligation ou un certificat, coté sur un marché organisé.
Cet ordre est transmis au carnet d'ordres central de la bourse (Euronext Paris pour les valeurs françaises). Il y est confronté aux ordres de sens inverse : vos ordres d'achat sont mis en face des ordres de vente d'autres investisseurs.
L'exécution dépend de deux facteurs : la nature de l'ordre (au marché, limité, conditionnel) et la liquidité du titre. Sur les grandes capitalisations et les ETF majeurs, l'exécution est quasi instantanée. Sur les petites valeurs, elle peut prendre plusieurs heures ou jours.
L'AMF rappelle dans son guide de l'investisseur que le choix du type d'ordre est une décision structurante : une mauvaise sélection peut entraîner des surcoûts significatifs, surtout sur des marchés peu liquides.
Si vous n'avez encore jamais passé d'ordre, commencez par notre guide comment investir en bourse : il replace cet acte dans le parcours complet de l'investisseur débutant.
Le carnet d'ordres : comment ça marche ?
Le carnet d'ordres est la liste en temps réel de tous les ordres d'achat et de vente en attente sur un titre. C'est le cœur du marché boursier.
Il est structuré en deux colonnes : à gauche, les ordres d'achat (bid) classés du prix le plus élevé au plus bas ; à droite, les ordres de vente (ask) classés du plus bas au plus élevé. L'écart entre le meilleur prix d'achat et le meilleur prix de vente s'appelle le spread.
Exemple concret. Vous souhaitez acheter 10 actions TotalEnergies. Le carnet affiche :
- Meilleur ask (vente) : 58,20 € pour 200 actions
- Deuxième ask : 58,25 € pour 500 actions
- Meilleur bid (achat) : 58,15 € pour 300 actions
Si vous passez un ordre au marché pour 10 actions, vous obtenez les 10 actions à 58,20 €. Le spread est de 0,05 € (58,20 – 58,15), soit 0,09 % : c'est négligeable sur une grande valeur liquide. Sur une small cap peu liquide, ce spread peut atteindre 1 à 3 %.
Comprendre le carnet d'ordres est essentiel pour investir dans les actions en bourse et pour choisir le bon moment pour passer vos ordres.
Les 5 types d'ordres principaux
Chaque type d'ordre répond à un objectif précis. Voici les cinq que vous rencontrerez sur toutes les plateformes françaises.
| Type d'ordre | Fonctionnement | Avantage principal | Risque principal |
|---|---|---|---|
| Au marché | Exécution immédiate au meilleur prix disponible dans le carnet | Certitude d'exécution totale | Slippage possible sur valeurs peu liquides |
| À cours limité | Exécution uniquement si le cours atteint ou dépasse le seuil fixé | Maîtrise totale du prix d'achat ou de vente | Peut ne pas s'exécuter si le cours n'atteint pas le seuil |
| Stop-loss (à seuil) | Vente automatique déclenchée si le cours descend sous un niveau défini | Protection automatique contre les fortes baisses | Déclenché par volatilité temporaire ; gap baissier possible |
| Stop à plage | Stop-loss avec une limite basse : ne vend pas si le cours s'effondre sous la limite | Évite une vente à un prix catastrophique lors d'un krach éclair | L'ordre peut rester non exécuté si le cours passe sous la limite |
| GTC (Good Till Cancelled) | Ordre à cours limité valable jusqu'à annulation manuelle (durée max selon courtier) | Cible un prix précis sans surveiller le marché au quotidien | Oubli possible ; exécution dans un contexte marché différent |
L'ordre au marché : priorité à l'exécution
C'est le type le plus simple. Vous ordonnez d'acheter ou de vendre immédiatement, au meilleur prix disponible. L'exécution est garantie si le marché est ouvert et le titre liquide.
Exemple chiffré. Vous placez un ordre au marché pour acheter 50 parts du ETF Amundi MSCI World (CW8) affiché à 450 €. Si le carnet d'ordres dispose de 50 parts à 450,10 €, votre ordre s'exécute à 450,10 €. Le slippage est de 0,10 € par part, soit 5 € au total — négligeable sur un ETF très liquide.
L'ordre à cours limité : priorité au prix
Vous fixez un prix maximum à l'achat (ou minimum à la vente). L'ordre n'est exécuté que si le marché atteint ce prix.
Exemple chiffré. TotalEnergies cote à 58,20 €. Vous fixez une limite d'achat à 57,50 €. L'ordre reste en attente dans le carnet. Si le cours descend à 57,50 €, l'achat est déclenché automatiquement. Si le cours ne descend jamais à ce niveau, l'ordre expire en fin de journée (sauf si vous l'avez paramétré GTC).
Le stop-loss : votre filet de sécurité
Le stop-loss se déclenche à la baisse pour limiter une perte. Il est invisible dans le carnet d'ordres jusqu'à son déclenchement.
Exemple chiffré. Vous achetez une action à 100 €. Vous placez un stop-loss à 88 €. Si le cours descend à 88 €, votre ordre de vente est transmis au marché. Sur une grande valeur liquide, il s'exécutera autour de 88 €. Lors d'un gap baissier (annonce négative de nuit), le cours peut ouvrir directement à 82 € : votre ordre s'exécutera à 82 € malgré un stop fixé à 88 €.
Zoom sur le stop à plage de déclenchement
La variante améliorée du stop-loss est le stop à plage de déclenchement : vous définissez le seuil de déclenchement ET un cours limite minimum en dessous duquel vous refusez de vendre.
Exemple. Seuil de déclenchement : 85 €. Limite basse : 82 €. L'ordre se déclenche si le cours tombe à 85 €, mais ne vendra pas si le cours s'effondre directement sous 82 € — vous évitez une vente en plein krach éclair. Contrepartie : l'ordre peut rester non exécuté et vous conservez une position en perte.
Durée de validité d'un ordre
Un ordre de bourse n'est pas éternel. Il expire si les conditions ne sont pas réunies dans le délai fixé.
- Jour (DAY) : l'ordre expire en fin de séance si non exécuté. C'est la durée par défaut sur la plupart des plateformes.
- GTD (Good Till Date) : l'ordre reste actif jusqu'à une date que vous fixez (souvent 30 ou 90 jours maximum selon le courtier).
- GTC (Good Till Cancelled) : l'ordre reste actif jusqu'à ce que vous l'annuliez manuellement. Attention aux oublis.
- À l'ouverture (OPG) : l'ordre est soumis au fixing d'ouverture (9h00 sur Euronext Paris). Utile pour profiter du prix d'équilibre d'ouverture.
Conseil pratique. Pour un investissement régulier en ETF, préférez un ordre DAY à cours limité, passé en milieu de séance (entre 11h et 14h). Vous évitez la volatilité des premières et dernières minutes, et vous limitez les surprises de prix.
Frais de courtage : ce que ça coûte vraiment
Les frais de courtage sont prélevés à chaque exécution d'ordre. Ils varient fortement selon le courtier et le marché.
| Courtier | Marché FR (Euronext Paris) | Marché US (NYSE/Nasdaq) | ETF |
|---|---|---|---|
| Trade Republic | 1 € / ordre | 1 € / ordre | 1 € / ordre (plans gratuits) |
| Fortuneo | 0 € (≤ 30 ordres/mois) | 9,90 € minimum | 0 € (sélection ETF) |
| Boursorama | 1,99 € minimum | 12 € minimum | 1,99 € (selon offre) |
| Interactive Brokers | 0,05 % (min 1,25 €) | 0,35 $ minimum | Idem actions |
Impact concret. Sur un achat de 500 €, des frais de 5 € représentent 1 % du montant investi. Avec un ETF World qui génère en moyenne 7 % par an, vous perdez déjà 1/7e de votre performance annuelle en un seul ordre. Plus votre ticket est petit, plus les frais fixes pèsent lourd.
Pour choisir le courtier adapté à votre style d'investissement, consultez notre comparatif des meilleurs courtiers bourse 2026 et notre guide sur le PEA qui ouvre droit à des avantages fiscaux significatifs.
Erreurs fréquentes des débutants
Ces cinq erreurs reviennent systématiquement chez les nouveaux investisseurs. Les connaître à l'avance vous fait gagner du temps — et de l'argent.
- Passer un ordre au marché sur une valeur peu liquide. Sur une small cap ou un ETF exotique, le spread bid/ask peut atteindre 0,5 % à 2 %. Un ordre au marché vous fait acheter au prix ask (le plus élevé) ou vendre au prix bid (le plus bas). Sur 10 000 € investis, un spread de 1 % représente 100 € de coût caché dès le premier jour.
- Oublier un ordre GTC actif. Un ordre de vente placé il y a plusieurs semaines peut s'exécuter à un moment inopportun — par exemple après une hausse que vous auriez préféré laisser courir. Vérifiez régulièrement vos ordres en attente dans l'interface de votre courtier.
- Placer un stop-loss trop près du cours actuel. Une volatilité normale de 2 à 3 % intraday peut déclencher votre stop-loss et vous faire vendre à perte avant un rebond. Laissez un écart d'au moins 8 à 15 % selon la volatilité habituelle du titre.
- Passer un ordre sans vérifier les frais de courtage. Certains courtiers appliquent un minimum de commission (par exemple 5 € par ordre). Sur un achat de 100 €, 5 € de frais représentent 5 % de coût immédiat — vous commencez déjà dans le rouge.
- Confondre cours affiché et prix d'exécution. Le cours affiché en temps réel est la dernière transaction enregistrée. Le prix d'exécution de votre ordre dépend du carnet d'ordres au moment précis de votre envoi, qui peut être différent de quelques centimes à plusieurs euros selon la liquidité.
- Passer des ordres lors des premières minutes de séance. À l'ouverture d'Euronext Paris (9h00–9h15), les spreads sont souvent plus larges et la volatilité plus forte. Pour un investisseur à long terme, il est préférable d'attendre 10h00–14h00, période de plus grande stabilité.
Comment passer un ordre en pratique
La procédure est identique sur toutes les plateformes françaises. Voici les étapes dans l'ordre.
- Recherchez le titre par son nom, son ticker (ex : CW8 pour l'ETF Amundi MSCI World) ou son code ISIN (ex : LU1681043599).
- Cliquez sur "Acheter" ou "Vendre" selon votre intention.
- Sélectionnez le type d'ordre : pour un ETF liquide, l'ordre à cours limité est recommandé. Pour une valeur peu liquide, c'est obligatoire.
- Saisissez la quantité de parts ou le montant en euros (si le courtier propose les ordres en montant fractionnaire).
- Définissez la durée de validité : DAY (fin de séance) par défaut, ou GTD/GTC si vous ciblez un prix précis dans le temps.
- Vérifiez le récapitulatif : titre, quantité, type d'ordre, prix limite (si applicable), frais estimés, montant total.
- Confirmez l'ordre. Vous recevrez un avis d'exécution par email ou notification push dès que l'ordre est traité.
Astuce. Avant de confirmer, vérifiez toujours le montant total prélevé (quantité × prix + frais). Sur certaines plateformes, il est facile de se tromper d'un zéro sur la quantité. Un double-check de 10 secondes évite des erreurs coûteuses.
Pour les ETF, consultez notre guide détaillé comment investir en ETF et notre sélection des meilleurs courtiers bourse pour passer vos ordres au meilleur coût.
Quel type d'ordre choisir selon votre situation ?
Le choix du type d'ordre n'est pas universel. Il dépend de votre objectif, du titre et de l'urgence de l'exécution.
| Situation | Type d'ordre recommandé | Pourquoi |
|---|---|---|
| Achat d'un ETF très liquide (CW8, SP500…) | À cours limité proche du cours actuel | Maîtrise du prix, spread faible, exécution quasi certaine |
| Achat d'une action du CAC 40 | À cours limité ou au marché | Valeurs liquides, slippage faible, les deux fonctionnent |
| Achat d'une small cap ou valeur exotique | À cours limité obligatoire | Spread élevé, ordre au marché = coût caché important |
| Cibler un point d'entrée précis sans surveiller les marchés | GTC à cours limité | Ordre actif jusqu'à ce que le prix soit atteint ou annulation |
| Protéger une plus-value sur une position longue | Stop-loss à plage de déclenchement | Déclenche la vente si le cours recule, mais évite les ventes sur gap |
| Investissement régulier automatisé (DCA) | Ordre programmé (plan d'investissement) | Automatisation mensuelle, frais réduits, pas de décision émotionnelle |
Ordre de bourse et enveloppe fiscale : ce qui change
Le type d'ordre ne change pas selon l'enveloppe (CTO, PEA, PER). Mais l'enveloppe influe sur la fiscalité des plus-values réalisées lors de vos ventes.
Sur un PEA, les plus-values réalisées après 5 ans de détention sont exonérées d'impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % s'appliquent). Sur un compte-titres ordinaire (CTO), elles sont soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 %. Cette différence fiscale peut représenter des milliers d'euros sur le long terme.
Si vous débutez en bourse, comparez les enveloppes disponibles dans notre guide investir en bourse quand on débute avant de choisir où loger vos premiers ordres.
Le DCA : automatiser ses ordres pour investir sereinement
Le DCA (Dollar-Cost Averaging), ou investissement programmé, consiste à investir un montant fixe à intervalle régulier — par exemple 200 € par mois sur un ETF World. Vous achetez plus de parts quand les marchés baissent, moins quand ils montent. Sur le long terme, cela lisse le coût moyen d'acquisition.
Exemple chiffré. Vous investissez 200 € par mois pendant 12 mois sur un ETF. Certains mois, la part vaut 450 € (vous achetez 0,44 part) ; d'autres mois, elle vaut 410 € (vous achetez 0,49 part). Votre coût moyen d'acquisition se situe entre les deux, sans jamais avoir à deviner le "bon moment". La plupart des courtiers modernes (Trade Republic, Scalable Capital) proposent des plans d'investissement automatiques sans frais supplémentaires.
Pour approfondir cette stratégie, consultez notre sélection des meilleurs ETF adaptés à un investissement régulier en bourse.
Les informations présentées ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Tout investissement en bourse comporte un risque de perte en capital. Consultez un conseiller en gestion de patrimoine pour une recommandation adaptée à votre situation.
La rédaction de Place des Épargnants
Rédaction spécialisée épargne, placement et investissement